Publications et entrevues journalistiques

 

 

 

 

Entrevue produite pour la revue   « VOIX DE FEMMES » 

réalisée par Kim Paradis rédactrice et intervenante psycho-sociale

du Centre des femmes du Haut-Richelieu

LE SECRET DE LILLIAN: NE JAMAIS CESSER DE RÊVER !

Avec ses grands yeux bleus qui pétillent, je l’écoute me parler avec passion de sa vie mais surtout, de son rêve réalisé. À 82 ans, Lilian tient un musée-galerie dédié aux enfants défavorisés depuis bientôt 5 ans. Entrevue avec une grande dame que j’ai trouvée magnifique dans sa passion, dans ses rêves et dans son amour pour la vie!

Mère, enseignante, travailleuse sociale : les multiples défis

    

Née en 1936 aux Etats-Unis d’un père québécois et d’une mère américaine, Lilian Lanoue est arrivée à Saint-Jean à l’âge de 10 ans, en 1936. Ainée d’une famille de cinq enfants, elle découvre rapidement le sens du mot « responsabilité » quand sa mère décède à l’âge de 35 ans. Lilian apprend donc très jeune à s’occuper des autres… Elle deviendra elle-même mère de quatre enfants, grand-mère six fois et arrière-grand-mère trois fois! Malgré les coups durs, Lilian a mis au centre de sa vie ce par quoi elle vit et s’accomplit : les relations humaines. 

D’abord enseignante pendant plusieurs années, elle entra au tout nouveau Cégep de St-Jean cinq jours après son ouverture, en 1968. L’époque du Peace and Love et des fleurs dans les cheveux révèle à Lilian une autre réalité moins extravagante : les nombreux besoins insatisfaits des jeunes. Touchée par ce vécu au quotidien avec eux, elle décide d’entrer à l’université pour entreprendre des études en travail social, et ce, bien après que ses propres enfants aient terminés leurs études! De fil en aiguille, ou plutôt de cours du soir comme étudiante en cours de jour comme professeure, Lilian devient officiellement travailleuse sociale, et exercera ce métier pendant plus de 25 ans au Cégep.

Retraite et deuxième vie : ne pas s’asseoir!

Étant plongée entièrement dans son élément, elle précise que cette passion vient du besoin d’aider qui l’habite profondément. Le temps passe et la retraite arrive à grand pas… Elle se retrouve donc, à l’âge de 65 ans, avec une nouvelle vie devant elle, et toujours habitée par cette envie d’aider les autres. Un jour qu’elle était en camping, elle se retrouve confrontée à une dure réalité, celle des enfants maltraités. Témoin direct de maltraitances sur des enfants en famille d’accueil, elle dénonce sur le champ cette injustice.  « Comment un enfant peut-il se défendre et dénoncer lui-même? ». Pour elle, il est clair qu’elle devait dénoncer cet abus. Mais elle frappera un mur administratif, bâti de contraintes, de politiques nonchalantes et de moyens insuffisants.  Déçue par la réponse gouvernementale, elle se demande alors ce que, elle personnellement, peut faire pour changer les choses.

Des idées plein la tête

C’est en Angleterre, au cours de l’un de ses nombreux voyages, qu’elle découvre la graine qui fera germer un grand projet : deux petites poupées. Elle se met alors à collectionner les petites figurines, sans trop avoir d’objectif précis. Puis, au bout de 4000 pièces, sa fille lui fait réaliser qu’elle en a tellement qu’elle pourrait ouvrir un musée! Et bien, elle ne croyait pas si bien dire; la petite graine avait germé, et une magnifique initiative s’apprêtait à voir le jour.

« On décide quand on veut, d’être vieux! », s’exclame souvent Lilian. Elle qui, à 79 ans, s’est retrouvée devant un notaire pour lui parler d’un rêve fou, celui d’ouvrir un musée-galerie, peut nous en dire beaucoup sur la vieillesse! C’est donc le 1 septembre 2005, à l’âge de 79 ans, que Lilian ouvre son Châtelet, une grande bâtisse qui propose une galerie d’art au premier étage, et un musée pour les enfants au sous-sol.  Totalement indépendante financièrement, elle a décidé de mettre à profit son argent et surtout son temps, pour les autres. Elle a elle-même monté et orchestré tout son musée; elle a appris les rudiments de l’Internet, et elle est l’unique gardienne de sa galerie.

Une caverne à lutins

    

Lorsque l’on entre dans la galerie, une chose nous frappe au premier coup d’œil : une dizaine de petites tables rondes disposées près des grandes fenêtres, prêtes à vous accueillir pour une bonne tasse de thé. Ce petit café informel, Lilian l’a conçu pour les femmes qui viennent exposer, et pour échanger sur l’art et sur la vie. On lui avait pourtant dit que cela ne se faisait pas dans une galerie d’art. Qu’importe! Elle a décidé de le faire avec fierté et dévouement, et les femmes l’apprécient beaucoup.

Mais le coup d’œil le plus spectaculaire arrive lorsque l’on descend au sous-sol. Nos yeux sont immédiatement éblouis par la vue de ce village fantastique de la mère Poularde. Des lumières, des bricolages d’enfants et surtout, des centaines et des centaines de petites figurines, toutes placées et disposées selon un thème précis, dans des présentoirs arrangés par Lilian elle-même. Une petite caverne où se cache une quantité impressionnante de figurines… Les poupées miniatures côtoient les lutins, les fées trônent avec les mini joueurs de baseball; on y retrouve un bal de mariées, une vitrine japonaise, et même une belle grande étagère de clowns! Un monde de rêve, pour donner un sourire à un enfant, et ramener un adulte dans le doux temps de l’enfance. Un aperçu de ce village imaginaire peut être découvert en se rendant sur le site Web de la galerie au  www.lechatelet.ca/musee

Cet espace féérique qui a été entièrement conçu par Lilian, est destiné aux enfants. Celle qui n’a jamais vraiment quitté la profession de travailleuse sociale, me confiait que parfois, quand un enfant traîne un peu après la visite, elle prend le temps de s’asseoir avec lui pour discuter. Lilian a ainsi trouvé une façon bien à elle d’apporter un peu de chaleur et de sourires aux enfants, ainsi qu’aux femmes qui désirent exposer leurs œuvres. Quelle générosité!

                                                                                                                                                                                  

La santé? Une histoire de cœur et de rêves!

Non, à 82 ans, Lilian Lanoue n’est pas « vieille ». C’est une belle femme qui a de l’expérience et du savoir, vivante, énergique et plein d’optimisme!  « Il ne faut pas s’asseoir. Quand on s’assoit, on commence à penser à nos bobos, et il devient facile de se plaindre! Non, au contraire, il faut vivre! ». Pour elle, la notion de vieillesse est très subjective; tout est une histoire de rêves. « Il ne faut jamais avoir peur de rêver », conclut-elle, « Et il faut croire en nos rêves ».

Je viens tout juste de la quitter, et les mots de cette femme résonnent encore dans ma tête. Une chanson me trotte dans la tête… « Rêver, d’un impossible rêve… Telle est ma quête, suivre l’étoile, peu m’importent mes chances, peu m’importe le temps… », de Jacques Brel. Une heure passée avec cette  femme pleine d’optimiste et de volonté, et voilà que  je me sens remplie,  porteuse d’une seule envie : foncer pour vivre mes rêves!

Merci Lilian!

 


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